La plupart des usages communs des huiles essentielles sont très éloignés de l’aromathérapie. Les produits d’aromathérapie comprennent des concentrations très faibles en huiles essentielles utilisées par les industries (alimentaires, cosmétiques, détergents).
Il existe quatre méthodes par lesquelles les composants des huiles essentielles sont absorbés : la méthode topique, qui utilise la voie cutanée externe, via des massages, des compresses, des patchs, des bains ; la voie interne, qui utilise la voie cutanée interne, via les bains de bouche, les dentifrices, les douches gynécologiques, les tampons et suppositoires ; la voie orale, via des capsules en gélatine ou des comprimés, des dilutions dans du miel, des jus de fruits, de l’alcool, de la glycérine ou dans un dispersant, en aromatisation ou conservation d’un plat; la voie inhalation, directe ou indirecte, avec ou sans vapeur. Chaque méthode a ses propres procédés physiologiques, ses avantages, ses inconvénients.
Les applications topiques.
Si, pendant des années, la théorie que le stratum corneum était imperméable à toute pénétration, et que les crèmes cosmétiques ne servaient qu'à « étouffer » la respiration de cette peau barrière, maintenant, la connaissance de la pénétration des cosmétiques dans l’épiderme est avérée. En ce qui concerne les huiles essentielles et les centaines de molécules différentes que l’on peut rencontrer, de nombreuses variations dans le temps de pénétration et dans la concentration d’huiles absorbées peuvent être notées. Selon que l'huile essentielle utilisée va contenir uniquement des terpènes (monoterpènes ou sesquiterpènes) ou bien des fonctions oxygénées (alcool, phénol, aldéhyde, cétone, ester, oxyde, lactone...), la pénétration sera plus ou moins rapide, de même pour l’action : un phénol sera plus vite efficace qu'un alcool, une lactone plus rapide qu’une cétone… mais aussi plus irritante…
Une huile essentielle appliquée pure sur la peau sera beaucoup plus vite absorbée et beaucoup plus irritante que l'huile essentielle véhiculée par l’huile de massage. En cosmétique et en parfumerie, les huiles essentielles sont utilisées principalement pour leurs propriétés odorantes, mais aussi antiseptiques. Les produits cosmétiques bien-être véhiculent des objectivations de prévention. Les produits vétérinaires axent leurs rôles sur la protection contre les insectes et microbes.
Une huile essentielle dispersée dans un bain chaud pénètrera très rapidement dans l’épiderme. Ce point est important vis-à-vis de l'utilisation sécurisée, car l'huile essentielle, insoluble
dans l'eau, va avoir tendance à adhérer à une surface hydrophobe compatible (la peau en l’occurrence), elle pénètrera donc très vite avec le risque de voir apparaître des sensibilisations ou irritations cutanées. Il est donc impératif de les inclure dans des véhicules sûrs, tout en sachant que ce vecteur d’huile essentielle doit être capable de s’émulsionner correctement afin d'être miscible à l'eau, car dans le cas contraire, le résultat obtenu sera une méchante écume irritante autour du bain.
Des huiles essentielles mélangées à une huile végétale pour des massages pénétreront très lentement dans la peau (car l'huile végétale est elle aussi lipophile, de même que l’huile essentielle et que la majeure partie du stratum corneum), mais le mouvement des mains permet un échauffement de la peau et aide à la pénétration. La pénétration des molécules d’huiles essentielles est surtout conditionnée par la composition et par le poids moléculaire de la molécule active, ses propriétés physico-chimiques, sa polarité et son pouvoir rotatoire. Les massages sont effectués par techniques d’effleurages légers, de pétrissages plus ou moins vigoureux, de pratiques de Shiatsu, de drainage lymphatique... selon le résultat attendu.
Des compresses (en tissu refroidi ou chauffé) peuvent recevoir deux à trois gouttes d'huiles essentielles ciblées, pour atténuer l’inflammation, diminuer la douleur, accompagner le traitement des blessures, etc. De nouveau, comme les huiles essentielles ne sont pas miscibles à l'eau, qu'elles peuvent se retrouver concentrées en un ou deux points, il faut être attentif aux précautions d’usage.
Certaines parties de la peau sont plus accessibles que d'autres à la pénétration des huiles essentielles, et il faut être très vigilant vis-à-vis des muqueuses et des irritations qui peuvent survenir. Il n'est pas nécessaire, pour obtenir un effet donné, de barbouiller le corps entier d'une personne. Toutes les zones de la peau auront sensiblement le même coefficient de perméabilité, et une des zones de massage qui reste le plus appréciée est le pied : pour les points réflexes, pour la disponibilité rapide, pour le peu d’innervation qu’il contient !
L'utilisation interne via les bains de bouche, les dentifrices permet de garder une bouche saine (prévention des caries, des saignements de gencives, des aphtes, du dépôt de la plaque dentaire), et prévient également de la mauvaise haleine. L’utilisation de certaines huiles essentielles (pas d’emploi de produit pur) a été validée par des chercheurs en odontologie pour leur action sur des biofilms buccaux colonisés par certaines bactéries responsables des caries dentaires, avec une efficacité supérieure à certains désinfectants chimiques couramment utilisés en soins dentaires.
Les huiles essentielles peuvent également être employées en gargarismes pour adoucir une trachéite, pour diminuer les ronflement, via une action antispasmodique. Les voies rectales et vaginales sont parfois employées par l’intermédiaire de suppositoires, ovules, tampons, douches vaginales. Ce type d'utilisation n'est pratiqué presque exclusivement qu'en France, et doit être validé par un médecin, à cause du fort potentiel d’absorption des muqueuses et des irritations qui peuvent survenir.
Ces voies d'administration concernent en général des infections urinaires ou vaginales.
La voie orale est en particulier importante pour traiter les problèmes gastro intestinaux, qui ne peuvent être approchés par aucune des autres voies. Cette voie est plus spécifiquement; réservée à la médecine, en particulier au Royaume-Uni. En France, la voie orale peut se décliner en voie alimentaire, en utilisation sous forme de compléments alimentaires, en utilisation sous forme de médicaments. Les médicaments comportant des huiles essentielles sont classés sous la rubrique des médicaments à base de plantes. Les huiles essentielles peuvent être administrées soit dans des capsules de gélatine, dans des comprimés neutres, diluées dans du miel, dans un yaourt, dans du lait ou des jus de fruits, dans de la glycérine, de l’huile, sur un morceau de sucre ou incorporées dans des aliments pour jouer le rôle d’arômes. L’utilisation en arôme alimentaire est basée sur les propriétés odorantes des huiles essentielles afin de parfumer les mets, mais aussi dans certains cas pour apporter des propriétés antimicrobiennes. Il est intéressant de savoir qu’il existe des législations différentes pour l’utilisation des huiles essentielles impliquant que les indications données aux consommateurs sont souvent contradictoires.
La voie inhalation est la plus simple et la plus rapide. C’est la plus vieille méthode d’utilisation rituelle d’huiles essentielles. Il existe deux types d'inhalations en mode direct et en mode indirect selon que l’on s'adresse à une personne en particulier ou bien que l’on opte pour un mode général, dans une pièce avec plusieurs personnes :
- inhalation en mode direct. Plusieurs techniques peuvent être mises en œuvre: l’inhalation humide, qui consiste à respirer les vapeurs dégagées par deux à trois gouttes d'huiles essentielles versées dans un bol d'eau chaude en se plaçant à une distance de 30 cm environ du bol avec la tête recouverte par une serviette pendant quelques minutes, afin de dégager les voies respiratoires ; l’inhalation sèche consiste à déposer quelques gouttes d'huiles essentielles (10-15) sur un mouchoir et le humer dès que le besoin s'en fait sentir, ou sur un oreiller le soir au moment de s'endormir. Le fait d'inhaler des substances odorantes peut significativement modifier l’humeur. la cognition, la physiologie, les comportements. Cette voie est déconseillée aux jeunes enfants et aux personnes âgées ;
-inhalation en mode indirect. Ce type d'inhalation se décline en sept méthodes différentes :
* les assainisseurs d’air. Il suffit d’ajouter quelques gouttes (1-5) d'huiles essentielles à un bol d'eau chaude posé dans un endroit en sécurité. La chaleur de l'eau va graduellement permettre aux huiles essentielles de s'évaporer avec la brume d’eau. Cette méthode est excellente quand le but recherché est d’humidifier et de rafraîchir un air trop sec ;
* les brûleurs. L'exemple le plus simple est l’emploi d’une bougie allumée et disposée dans un récipient contenant de l'eau et quelques gouttes d'huiles essentielles. L’eau est doucement chauffée, les huiles essentielles sont progressivement libérées sans brûler puisque refroidies par l’eau. Cette méthode ne doit s'employer que dans des zones sécurisées, car les huiles essentielles sont inflammables, et qu’il faut éviter qu'un enfant ou un animal renverse le système ;
* les ventilateurs actionnés par piles ou par électricité, comprenant dans leur système des tampons absorbants sur lesquels on verse quelques gouttes d’huiles essentielles. Le système chauffant permet de vaporiser plus rapidement les substances aromatiques. L’air sera brassé avec la diffusion des particules d’huiles;
* les humidificateurs s'emploient lorsque le taux d'humidité de la pièce est trop bas et que l’on ressent une sensation de dessèchement. Ils comprennent un réservoir que l’on remplit d'eau, et un tampon sur lequel on verse quelques gouttes d'huiles essentielles (il ne faut jamais verser les huiles dans l’eau, car elles sont non miscibles et resteraient en flottaison sur l’eau, et ne seraient pas diffusées dans l'air). Ce système est souvent employé sur des radiateurs ;
* les diffuseurs. Ces systèmes sont les plus usuels. Ils existent sous de multiples facettes et varient en taille, en complexité et en performance de libération des substances olfactives. Ils sont au cœur de nombreuses discussions quant aux bienfaits ou inconvénients qu'ils peuvent engendrer. On trouve le système basique en terre cuite, d'un prix très bas, mais d'une efficacité très limitée. Il existe également des anneaux de lampes en terre cuite, système peu onéreux, mais les huiles essentielles chauffée: par l'ampoule peuvent être oxydées, dégradées et, de ce fait, plus dangereuses que bénéfiques. Les diffuseurs électriques agissent par microdiffusion a froid, et sont réglables ;
* les brumisateurs sont des appareils transformant l’eau en vapeur d'eau. Ces appareils sont spécialement conçus pour avoir un effet apaisant sur les sens par l'intermédiaire des odeurs et du bruit d'eau ; ils ne dénaturent pas les vertus des huiles essentielles. Les nébuliseurs ultrasoniques pour lesquels la transformation est faite grâce à une surface vibrante actionnée par les ultrasons. Ils permettent de diffuser un nuage de particules extrêmement fines, de provoquer une meilleure absorption par l’air, et ainsi de conserver toutes les vertus thérapeutiques des huiles essentielles ;
* les sprays pulvérisateurs contiennent des huiles essentielles soit bures, soit dans de l'alcool, soit dans de l’eau. Ils sont utilisés très localement pour parfumer la maison, une penderie, des chaussures, etc. Il faut rester vigilant pour ne pas toucher des plantes, des animaux... car les particules restent en suspension dans l'air de manière très localisée.
catherine bonnafous
